Une approche holistique de la santé mentale des jeunes

Lorsqu’il s’agit de répondre aux besoins des jeunes atteints d’une maladie mentale, le Canada n’est pas à la hauteur. Au pays, plus de 70 % des maladies mentales ou des problèmes de santé mentale commencent à se manifester à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Or, selon la Fondation Graham Boeckh (GBF), une fondation familiale établie à Montréal, les jeunes se trouvent dans le groupe d’âge pour lequel l’aide disponible est la plus déficiente et où une intervention peut faire un monde de différence. Les preuves qu’une intervention précoce fondée sur des données probantes engendre des résultats nettement plus favorables à long terme se multiplient.

Une approche holistique de la santé mentale des jeunes

Motivée par son expérience personnelle qui l’a amenée à conclure à l’échec du système de soins de santé mentale (accessibilité restreinte, diagnostics erronés, soins et surveillance inadéquats), la famille Boeckh a mis sur pied la Fondation Graham Boeckh afin d’améliorer la façon dont les patients souffrant d’une maladie mentale et leurs familles sont traités au Canada.

La Fondation s’est donné la mission de jouer un rôle de catalyseur pour transformer les services de santé mentale en mettant en œuvre une série de projets stratégiques. Promouvoir la collaboration, éliminer les cloisonnements dans le secteur de la santé mentale et placer les patients et les familles au centre de la démarche de soins figurent au cœur de la stratégie de la Fondation.

Pensant avec audace au gouvernement comme partenaire financier, la FGB a conclu en 2012 un partenariat de financement unique et ambitieux avec les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) afin de lancer TRAM, une initiative de recherche transformationnelle sur la santé mentale des adolescents ayant pris la forme d’un concours de financement. La Fondation voyait son rôle comme celui d’un catalyseur pouvant stimuler l’innovation dans le système et aider les gouvernements à tirer profit d’un soutien philanthropique.

À l’aide d’investissements respectifs de 12,5 millions de dollars sur cinq ans, les IRCS et la FGB ont financé TRAM dans le but de constituer collectivement un seul réseau pancanadien d’application de la recherche pour veiller à ce que tous les jeunes du Canada qui en ont besoin aient accès à toutes les mesures d’intervention, quel que soit le type de problème de santé mentale ou de maladie mentale dont ils souffrent.

Dans le cadre du concours TRAM, des particuliers et des organisations représentant cinq sphères différentes – la recherche, la prestation de services, l’administration publique, les patients et le secteur sans but lucratif – ont formé 55 réseaux qui ont ensuite présenté une déclaration d’intérêt. Dix-sept réseaux ont été choisis et ont été réunis dans le cadre d’un atelier de renforcement afin de discuter de leurs théories du changement. La FGB et les IRSC ont aidé les groupes à échanger des idées et à cerner les liens entre celles-ci dans le but de renforcer les idées de départ.

En 2014, le concours a mené à la création du réseau ACCESS Esprits ouverts qui démontre, dans 12 collectivités canadiennes, comment les services de santé mentale pour les jeunes à risque peuvent être transformés. Le réseau rassemble les jeunes, les familles, les fournisseurs de soins, les décideurs, les chercheurs et les organismes communautaires dans le but d’offrir aux jeunes de 11 à 25 ans un accès plus rapide à des services spécifiquement conçus pour eux et avec eux. Les jeunes s’impliquent avec leur famille et leurs aidants dans tous les aspects du réseau ACCESS, de la conception et l’évaluation des services jusqu’à la création de contenus pour le site Web.

Les cinq principaux objectifs à atteindre au moyen de la transformation sont les suivants :

  • Le dépistage précoce;
  • L’accès rapide à une évaluation initiale (dans un délai de 72 heures);
  • L’abolition de la transition à 18 ans afin d’assurer une continuité dans les services de 11 à 25 ans;
  • L’accès à des interventions de qualité s’appuyant sur des données probantes dans un délai d’un mois, au besoin;
  • La participation des jeunes et des familles.

LEÇONS APPRISES

La FGB a appris bien des leçons grâce à son partenariat hors du commun avec les IRSC. Les retombées ont été énormes. La Fondation a notamment eu la possibilité d’élaborer des projets conjoints de grande envergure avec différentes provinces et de jouer un rôle de promoteur dans la mise sur pied d’une plateforme nationale d’application des connaissances en santé mentale des jeunes.

L’un des défis les plus importants de la Fondation a été de s’adapter au rythme. C’est le rythme du gouvernement qui a dicté le rythme auquel les progrès ont été accomplis. De plus, la culture et le contexte diffèrent selon le palier de gouvernement et de province en province. La FGB constate que la flexibilité dont elle a fait preuve dans sa réflexion et dans son approche a joué un rôle déterminant dans le succès des initiatives.

La persévérance a aussi été une qualité importante à tous les stades. Elle a aidé la Fondation à adopter une perspective à long terme et à trouver les « pionniers » qui étaient disposés à mettre à l’essai de nouvelles façons de faire. Aucun palier de gouvernement ne veut être perçu comme un traînard. Par conséquent, les pionniers qui contribuent à donner le coup d’envoi à une initiative peuvent aider à orienter les projets mis sur pied avec d’autres provinces. La Fondation participe actuellement à la conception d’un système visant à favoriser l’apprentissage et le partage de méthodes et de leçons entre les provinces et les territoires.

Dans l’ensemble, l’approche de la FGB consistant à jouer un rôle de catalyseur pour transformer les systèmes de soins de santé mentale partout au Canada a été fructueuse. Les dirigeants de la Fondation sont d’avis qu’il est important de fournir des ressources intellectuelles en plus d’une aide financière. Pour la FGB, le capital intellectuel et social qu’un organisme philanthropique peut investir dans un projet est tout aussi important que son apport financier et ne doit pas être sous-estimé. La FGB n’est pas une grande fondation en termes d’actif, mais elle a démontré de manière convaincante que des ressources limitées utilisées de façon judicieuse et imaginative peuvent avoir un impact énorme.

En philanthropie, l’argent n’est pas tout. Octroyer des dons n’est pas aussi efficace que collaborer avec d’autres à la mise en œuvre de projets et de programmes, que trouver d’autres organismes philanthropiques, privés et gouvernementaux pour s’attaquer à une cause commune. Les fondations peuvent ouvrir la voie en prenant des risques que de nombreuses autres organisations ne peuvent pas prendre.

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