Courir le risque de jeux à l’extérieur

Rendons-nous à l’évidence, jouer dehors n’est plus ce que c’était. Et quand les enfants passent du temps à l’extérieur, ils jouent généralement sous la supervision étroite d’un adulte. La société a fait la promotion de la sécurité avant tout et a établi des règles pour empêcher qu’un malheur survienne. Mais est-ce véritablement bénéfique pour les enfants? En tentant de prémunir nos enfants contre tous les risques, avons-nous perdu de vue les bienfaits des jeux à l’extérieur? C’est à ces questions que la fondation Lawson souhaitait répondre au moyen de sa nouvelle Stratégie sur le jeu extérieur.

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Des stratégies de financement dépassant l’aide financière

Des données probantes montrent que les bienfaits que procure le fait de jouer à l’extérieur et de prendre des risques sont non seulement physiques, mais également cognitifs, sociaux et affectifs, tandis que passer trop de temps à l’intérieur a des effets néfastes sur la santé des enfants.

Contribuer au bien-être des enfants s’inscrit dans la mission de la fondation Lawson depuis des années. À l’heure actuelle, la Fondation investit dans des idées, des individus et des organismes dans trois domaines interreliés : le développement des jeunes enfants; la santé et l’activité physique chez les enfants et les adolescents; les jeunes et l’environnement. Ainsi, le financement d’une stratégie axée sur le jeu extérieur cadrait bien avec le programme général de la Fondation. Cependant, l’aide financière ne représentait qu’un des éléments de l’équation, comme c’est souvent le cas à la fondation Lawson.

Depuis la fin des années 1990, la fondation Lawson est une bailleuse de fonds stratégique ayant agi comme intermédiaire, collaboratrice et rassembleuse dans le but bien précis de favoriser les échanges de vue et de connaissances pour le bien de tous. Quoiqu’une participation active n’ait rien de nouveau pour la Fondation, son initiative sur le jeu extérieur différait : elle impliquait d’amalgamer différentes approches et d’établir une communauté de pratique pour plusieurs acteurs dans la poursuite d’un but commun. La participation de la Fondation était mue par la conviction que les projets seraient plus solides si les équipes étaient mises en réseau.

« Nous n’avons pas de méthode systématique pour déterminer notre degré de participation dans nos domaines d’intérêt », explique Christine Alden, directrice de programme. « Chaque cause et, parfois, chaque projet nécessitent son propre type d’implication. » Dans le présent cas, la fondation Lawson a vu la possibilité de soutenir les défenseurs émergents du jeu en plein air au Canada en les réunissant pour qu’ils produisent individuellement et collectivement un impact plus grand. « Notre objectif premier n’était pas de prendre les commandes », poursuit Alden. « Nous voulions appuyer des initiatives axées sur le jeu à l’extérieur pour qu’elles gagnent assez de vigueur pour nous conduire vers un avenir meilleur pour les enfants. »

La conception d’une stratégie de programme

Avant que la vision de la Stratégie sur le jeu à l’extérieur prenne forme, la Fondation a participé au financement de trois études universitaires sur le jeu comportant des risques, sur le temps passé dehors et sur le jeu actif à l’extérieur. La Fondation a financé la mise sur pied d’un groupe de travail sous la direction du Dr Mark Tremblay, chercheur à l’institut de recherche du Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario, pour que ce groupe formule un Énoncé de position sur le jeu actif à l’extérieur.

Le 22 juin 2015, ParticipACTION a publié l’Énoncé de position sur le jeu actif à l’extérieur dans son Bulletin de l’activité physique chez les jeunes. Depuis sa publication en 2015, l’Énoncé de position a attiré l’attention des médias et du public, en plus d’avoir obtenu l’assentiment d’une source inattendue. La Cour suprême de la Colombie-Britannique l’a en effet cité dans un jugement ayant dégagé la Corporation of the District of Saanich de toute responsabilité dans une cause où la demanderesse s’était frappée la tête après avoir chuté d’un module dans un terrain de jeux.

« […] Leur “bulletin” conclut, notamment, que nous devons valoriser la santé physique à long terme et le développement des enfants autant que la sécurité, et que les règles et les règlements ayant pour but de prévenir les blessures et de limiter la responsabilité délictuelle sont devenus excessifs et ont des effets contre-productifs sur la santé et la condition physique. »

Après la publication de l’Énoncé de position, la Fondation a lancé un appel de propositions afin de repérer des projets qui contribueraient à donner suite aux résultats des recherches et aux appels à l’action en résultant et à découvrir comment les collectivités peuvent multiplier les occasions qu’ont les enfants de participer à des activités extérieures non structurées.

La Fondation a sélectionné quatorze projets en tant que groupe ayant des objectifs variés allant du développement du jeu actif et de la redéfinition des risques jusqu’à la conception de matériel de formation en ligne et d’outils de réduction des risques.

Communauté d’esprit : faire appel à une approche de groupe pour plus d’impact

Prenez des équipes différentes menant des projets différents dans des collectivités différentes puis réunissez-les dans la même pièce et vous obtiendrez ce que souhaitait la fondation Lawson. Au cours des deux réunions de groupe que la Fondation a organisées jusqu’à maintenant, les participants ont échangé des idées, ont discuté des obstacles, ont trouvé des solutions et ont appris. Ces réunions les ont motivés à repousser les limites, ont favorisé des débats constructifs sur le juste équilibre entre risque et sécurité et ont alimenté les conversations sur la façon de sensibiliser l’ensemble de la population canadienne à l’importance du jeu à l’extérieur.

La Société de recherche sociale appliquée (SRSA), un organisme de recherche sans but lucratif, étudie actuellement la Stratégie sur le jeu extérieur afin d’évaluer les effets positifs que pourraient avoir sur les enfants canadiens les leçons tirées des divers projets financés et de l’approche adoptée par la Fondation. La SRSA fournit à chaque organisme un soutien technique dans le cadre de la conception de leurs stratégies et assure le suivi de leurs apprentissages pour qu’ils contribuent aux enseignements découlant de la Stratégie.

Selon Heather Smith Fowler, directrice de la recherche à la SRSA, l’approche de groupe de la fondation Lawson est très importante : « Rarement avons-nous vu une approche aussi mûrement réfléchie que celle-ci; la fondation Lawson est allée plus loin en étudiant soigneusement les différents projets et en trouvant des façons de les soutenir, non seulement en les reliant entre eux au sein du groupe, mais aussi à d’autres intervenants externes qui pouvaient apporter leur expertise. »

En réponse à un sondage réalisé par la SRSA après les activités, tous les donataires ont convenu que l’approche de groupe a été utile à leur travail. La plupart ont déclaré que l’initiative leur a permis d’élargir considérablement leur réseau de contacts. L’énergie collective qui régnait dans la pièce et l’esprit de communauté qui s’est formé entre les groupes les ont inspirés.

Il n’est pas rare que les fondations organisent des rencontres et y invitent des conférenciers pour motiver les troupes. Ce qui est plus inhabituel dans le présent cas, c’est que la fondation Lawson a invité des experts du Canada, de la Norvège, de l’Australie et du Royaume-Uni. Ces experts de la prise de risques et du jeu chez les enfants ont été choisis en fonction des recommandations des donataires. Ils ont participé aux discussions, ont fait des suggestions et ont mis la main à la pâte avec les équipes. Trois des conférenciers connaissaient bien leurs travaux respectifs, mais ne s’étaient jamais rencontrés. À la suite des rencontres, quatre experts (y compris l’un des responsables des projets financés par la Fondation) ont travaillé ensemble à la mise au point d’une série de séminaires sur le risque en prévision du congrès triennal de l’International Play Association à Calgary en 2017.

Pour les quatorze organismes dont les projets ont été financés, la participation à ces réunions de groupe leur a permis de rompre avec la routine. Certains ont indiqué que leurs relations avec des fondations s’étaient jusqu’à présent limitées à obtenir des fonds et à présenter un rapport sur l’utilisation de ces fonds. Ils ont apprécié l’approche réfléchie de la fondation Lawson et la valeur très pratique que celle-ci a ajoutée à leurs projets.

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