Quand la vie imite l’art

En 25 ans d’activité philanthropique, la fondation Rozsa de Calgary a contribué à transformer Calgary et l’Alberta en chef de file mondial dans le domaine de la gestion des arts. Une conviction profonde que les arts sont essentiels à une vie saine et à une collectivité en santé se trouve au cœur de la mission et des programmes de la fondation Rozsa.

Les stratégies de la fondation Rozsa reposent sur des collaborations réfléchies avec des partenaires, sur l’identification des lacunes dans le secteur des arts et sur des programmes innovants visant à remédier à ces lacunes. En employant une approche entrepreneuriale axée sur des changements systémiques, la Fondation finance des projets pilotes menés par de nouveaux donataires, investit dans le perfectionnement des gestionnaires d’organisations artistiques, renforce la gouvernance de ces organisations et soutient des travaux de recherche novateurs dans le secteur des arts.

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Les débuts

Les fondateurs, Ted et Lola Rozsa, ont constitué leur fondation grâce à des fonds provenant de l’entreprise familiale et avaient l’habitude de soutenir les arts de la scène en versant à quelques organismes des dons importants destinés à des fins d’exploitation ou d’immobilisation.

« Mes parents avaient une approche assez stratégique en qui concerne le financement des arts; ils visaient non seulement à entraîner un effet immédiat, mais aussi à favoriser le succès et la viabilité à long terme », indique Mary Rozsa de Coquet, présidente actuelle de la Fondation. « L’Orchestre philharmonique de Calgary est un bon exemple. Ils ont créé une chaire de maestro qui a facilité le développement artistique, tout en insistant sur l’amélioration des systèmes financiers afin de rendre l’organisation plus résistante et plus attrayante pour d’autres donateurs. »

Lorsque son père lui a demandé de reprendre les rênes, Mary a décidé de concentrer davantage la mission de la Fondation et a choisi de s’intéresser à la gestion des arts.

Dans les années 1990, l’opinion publique négative à l’égard des artistes et des organisations artistiques a entraîné une brusque réduction des fonds publics alloués au secteur des arts de l’Alberta. Les artistes et les organisations artistiques étaient considérés comme des « incompétents » et des « gaspilleurs d’argent ». En plus de nuire à la réputation de l’ensemble du secteur des arts, ce point de vue envoyait le message pernicieux qu’il n’était pas possible de prendre le risque d’échouer.

La Fondation y a vu un cas injuste de deux poids, deux mesures. Comme le souligne Mary, on s’attendait à ce que les organisations artistiques résistent aux compressions sans avoir accès aux ressources nécessaires à leur bon fonctionnement, comme des gestionnaires qualifiés et bien outillés disposant d’occasions de perfectionnement professionnel. La conséquence? « L’absence de cadres intermédiaires. Les fondateurs des organisations artistiques souffraient d’épuisement professionnel ou partaient à la retraite, laissant un vide énorme dans le réseau. »

Les compressions ont aussi entraîné une diminution des fonds alloués aux projets de proximité. Mary insiste sur l’importance de soutenir les premiers projets d’un artiste ou d’une organisation artistique. « Ce sont des preneurs de risques – leurs projets sont par définition audacieux. » Lorsqu’aucune nouvelle œuvre n’est créée, tout le secteur en souffre. Au fil des ans, la Fondation a donc engagé des fonds dans ces nouveaux projets audacieux en accordant des dons, parfois plus d’un, à 90 donataires.

Les nouvelles possibilités

La direction de la Fondation s’est posé deux questions importantes : comment pouvons-nous contribuer au développement et au renforcement du secteur afin qu’un plus grand nombre de personnes qualifiées convoitent des postes en gestion des arts? Comment pouvons-nous aider les artistes et les organisations artistiques à faire en sorte que leurs projets se concrétisent?

La Fondation a réalisé qu’elle était en mesure d’agir à long terme sur ces deux fronts. Elle s’est engagée à renforcer les capacités du secteur des arts en investissant dans le développement des artistes, dans des programmes novateurs et dans l’augmentation des capacités de production et en soutenant les gestionnaires et les dirigeants du secteur en leur offrant des possibilités de perfectionnement professionnel et en créant des occasions de saluer le travail des gestionnaires des arts qui se démarquent.

Fidèle aux valeurs de ses fondateurs, la Fondation a créé son prix d’excellence en gestion des arts qui souligne et célèbre chaque année les réalisations d’un gestionnaire du secteur des arts. Dans le cadre de ce programme, la Fondation a collaboré avec l’Alberta Performing Arts Stabilization Fund, le Centre for Non-Profit Management (maintenant appelé CentrePoint Non-Profit Management) et la Calgary Professional Arts Alliance.

La Fondation a mis sur pied trois autres programmes qui ont catapulté l’Alberta sur le devant de la scène internationale dans le domaine de la gestion des arts. La Rozsa Admin Fundamentals Training (RAFT) s’appuie sur des mises en récit et des études de cas pour permettre à des professionnels comptant moins de trois ans d’expérience en gestion des arts d’acquérir les compétences nécessaires pour travailler au sein d’un organisme sans but lucratif.

Par l’entremise de son programme phare en gestion des arts, le Rozsa Arts Management Program (RAMP), la Fondation a investi dans 130 professionnels des arts en début ou en milieu de carrière afin de les aider à faire face à un défi auquel leur organisation est confrontée. Encadrés par des professeurs de l’école de gestion Haskayne de l’Université de Calgary (qui offre maintenant le programme également à Edmonton), les participants se sont attaqués à des questions de ressources humaines, de développement de l’auditoire, de gouvernance, de planification stratégique, de planification de la relève et à bien d’autres questions. Mary souligne qu’un sous-produit important du programme est que « les écoles de gestion maîtrisent maintenant le langage des organismes sans but lucratif ».

Enfin, la Fondation a mis en place le programme Rozsa Executive Arts Leadership (REAL), qui a pour but d’améliorer les compétences de leadership des personnes qui feront partie de la prochaine cohorte de directeurs généraux des grandes organisations artistiques.

Parallèlement, la fondation Rozsa a décidé de favoriser et de soutenir la créativité des collectivités locales à l’aide de dons. Mary parle de l’importance de financer le premier projet, « car tout n’est alors qu’une question de risque », souligne-t-elle. « Lorsque vous intervenez à ce stade, la contribution est généralement modeste, mais elle donne aux donataires assez d’influence, en utilisant votre nom et votre soutien, pour s’adresser au prochain donateur et solliciter une aide additionnelle ».

Orienter le dialogue et catalyser la recherche au soutien d’un changement systémique

Tout en développant ses programmes, la Fondation a investi dans des initiatives visant à améliorer le fonctionnement de l’ensemble du secteur des arts. Une autre occasion s’est présentée à la Fondation dans le domaine de la recherche sur l’éducation. Même s’il y a beaucoup de données empiriques sur les effets qu’une éducation misant sur les arts peut avoir sur un enfant, il existe peu d’études sur l’impact collectif ou de groupe de l’apprentissage par les arts. La Fondation a posé les questions suivantes : un programme d’enseignement créatif misant sur les arts permettrait-il aux élèves de rester motivés? L’éducation par les arts peut-elle réellement avoir des effets bénéfiques mesurables?

En partenariat avec la Werklund School of Education, qui est la faculté d’enseignement de l’Université de Calgary, et avec la plateforme Kids Go Global du Trickster Theatre, qui intègre les arts et l’entrepreneuriat social éducatif dans les écoles, la Fondation a lancé une étude expérimentale d’un prototype pédagogique qui allie citoyenneté mondiale, entrepreneuriat et théâtre gestuel. « Si nous réussissons à déterminer pourquoi l’enseignement par les arts est nettement plus efficace », postule Mary, « nous pourrons alors avoir une influence positive sur le programme d’enseignement provincial proposé et sur la formation que les futurs enseignants reçoivent à l’université, et donc sur les élèves de demain ».

La Werklund School voit maintenant la différence que peut faire une éducation misant sur les arts. Elle met actuellement en place un cours portant sur la méthodologie d’enseignement d’un programme d’études misant sur les arts afin de maximiser l’empathie, l’éthique et les compétences entrepreneuriales des élèves. Tous les étudiants de la Werklund School devront suivre ce cours pour obtenir leur diplôme. La Fondation travaille aussi à l’élaboration de séminaires et d’ateliers que les enseignants actuels pourront utiliser dans leurs salles de classe pour veiller à ce que les effets soient le plus étendu possible.

L’avenir

En Alberta, la population a une nouvelle appréciation de l’importance des arts en raison des efforts inlassables de la fondation Rozsa. Grâce à un questionnement continu, la Fondation a innové afin de concevoir des programmes porteurs d’impact qui ont rehaussé le profil de l’ensemble du secteur des arts. La gestion des arts est maintenant une profession reconnue et respectée. De plus, les résultats des travaux de recherche en éducation financés par la Fondation à ce jour ont déjà une incidence sur les étudiants. À bien des égards, la fondation Rozsa a déjà atteint le but qu’elle s’était fixé : hisser l’Alberta au rang de chef de file mondial dans le domaine de la gestion des arts.

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