La réforme des politiques climatiques
est un marathon et non un sprint

Si vous avez déjà couru un marathon, vous connaissez le phénomène du « mur » qu’il faut réussir à franchir pour atteindre la ligne d’arrivée.

Eric St-Pierre, directeur général de la Fondation familiale Trottier, est fervent de course à pied. L’un des marathons les plus difficiles, mais aussi l’un des plus importants qu’il a courus récemment ne se mesurait pas en kilomètres, mais en émissions de GES et est relié à une annonce importante faite par le gouvernement fédéral le 19 mars 2019 en matière de politique sur le climat.

Dans son budget de 2019, le gouvernement a annoncé qu’il soutiendra la lutte contre les changements climatiques au moyen d’un investissement de 183 millions de dollars dans la Ligue des communautés canadiennes sobres en carbone (LC3), un partenariat entre sept centres urbains et la Fédération canadienne des municipalités qui permettra et accélérera l’adoption de solutions de réduction des GES en milieu urbain et qui aidera le Canada à atteindre ses cibles de réduction pour 2030 et pour 2050.

There is a race track with the words start that leads to a city.

À vos marques… Prêts…

Le marathon a commencé en 2016 quand la Fondation familiale Trottier a participé à un événement où elle a rencontré les membres de The Atmospheric Fund (TAF), un organisme régional constitué par le conseil municipal de la Ville de Toronto en 1991 pour investir dans des solutions de réduction des émissions de GES dans la région du Grand Toronto et de Hamilton.

Lorne Trottier et Louise Rousselle Trottier ont établi la Fondation familiale Trottier à Montréal en 2000 pour créer un impact significatif qui améliore la vie des Canadiens en soutenant l’avancement de la recherche scientifique et la promotion de l’éducation et en favorisant l’amélioration de la santé, la protection de l’environnement et l’atténuation des changements climatiques.

Dans l’esprit de la mission de la Fondation familiale Trottier de catalyser les innovations transformatrices et d’en étendre la portée en formant des partenariats intersectoriels et en prenant des risques, Eric St-Pierre a été inspiré par le succès du TAF et a immédiatement souhaité en reproduire le modèle à Montréal. « C’est le seul organisme en son genre », déclare St-Pierre. « Le TAF prend des projets concrets et contribue à en assurer le déploiement ».

L’approche du TAF est unique en ce qu’elle mise sur la collaboration avec des parties prenantes des secteurs privé, public et sans but lucratif pour faire avancer les concepts les plus prometteurs. « Nous utilisons toutes les cordes à notre arc comme l’investissement d’impact, les subventions, les actions de plaidoyer et la mise en œuvre de nos propres programmes », indique Mary Pickering, vice-présidente des programmes et des partenariats à The Atmospheric Fund.

Le partenaire de course idéal

D’autres avaient déjà pris contact avec le TAF pour qu’il leur fasse connaître son modèle et examine les moyens de le reproduire, mais le TAF n’avait pas la capacité ni le mandat de soutenir d’autres villes. La plupart des demandes ne sont pas allées plus loin. Mais cette fois c’était différent.

À la suite de sa rencontre avec les représentants du TAF, la Fondation familiale Trottier a commandé une étude en 2017 pour déterminer si un organisme similaire était nécessaire à Montréal. Le rapport de la firme Dunsky a conclu à la faisabilité du projet et a fourni à la Fondation les munitions nécessaires pour lancer un dialogue à l’échelle nationale. TAF et la Fondation familiale Trottier ont convié des organismes environnementaux, des organismes communautaires, des représentants municipaux, des universitaires, des chefs de file de la lutte pour le climat et d’autres intervenants à des consultations de deux jours à Toronto et à Vancouver.

« À l’issue de ce processus, nous avons trouvé des gens qui étaient prêts à travailler ensemble pour pousser plus loin cette idée folle », indique St-Pierre.

Les consultations, conjuguées à l’influence de la Fondation, ont permis de mobiliser d’autres bailleurs de fonds. Plus de sept entités constituées de nombreuses organisations de différents secteurs n’ont pas tardé à exprimer leur intérêt à mettre sur pied des centres inspirés du modèle du TAF dans plusieurs villes canadiennes. Des rencontres hebdomadaires ont permis de définir conjointement les modalités de mise en œuvre.

La Fondation familiale Trottier, dont le personnel se limitait alors à deux personnes, s’est investie à fond dans le processus. « Il est impossible de faire simplement un chèque et passer à autre chose », affirme St-Pierre. « Il faut investir beaucoup de temps, être souple et réagir rapidement. »

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Eric St-Pierre, directeur-générale de la fondation familiale Trottier avec Julia Langer, PDG de The Atmospheric Fund (TAF) célèbrent après l'annonce d’un investissement de 183 millions de dollars du gouvernement fédérale pour accélérer l’adoption de solutions de réduction des GES en milieu urbain.

Tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie, la course continue

Puisque le moment était mal choisi pour demander des fonds au gouvernement québécois en raison des élections et du cycle budgétaire, le groupe a concentré ses efforts sur la présentation d’une proposition au gouvernement fédéral et a retenu les services d’un spécialiste en relations gouvernementales pour l’appuyer.

« Parfois, il faut simplement choisir le bon moment », indique Mary Pickering. « On notait un intérêt réel de plus en plus marqué. »

Malgré une oreille attentive, il a fallu plus de six mois pour élaborer la proposition et rencontrer différents représentants gouvernementaux afin de les convaincre de lire la proposition et d’y réfléchir.

« Je me souviens d’une réunion, le 31 janvier, où nous croyions que les chances de succès étaient de 20 % », se rappelle Eric St-Pierre. « Une semaine plus tard, elles avaient grimpé à 90 %. »

Bien que l’annonce ait été faite, il reste encore fort à faire. La Fédération canadienne des municipalités participe au projet par l’intermédiaire du bureau national de la LC3 et bon nombre des partenaires de la première heure sont toujours impliqués. Ils se réunissent chaque semaine et s’échangent de nombreux courriels pour élaborer des modèles d’entente et entreprendre le processus de dotation en personnel des centres locaux.

Le 30 août 2019, le gouvernement du Canada a annoncé que 33 des 183 millions de dollars alloués pour la Ligue des communautés canadiennes sobres en carbone (LC3) seront versés à la Fondation familiale Trottier pour établir le Centre Climat Montréal, qui soutiendra les initiatives de réduction des GES dans la région métropolitaine de Montréal.

« Il y a un sentiment d’urgence », déclare St-Pierre. « Si nous ne réglons pas la question climatique, rien d’autre n’a d’importance. Elle menace les activités de tous les secteurs. »

« Il y a un sentiment d’urgence, si nous ne réglons pas la question climatique,
rien d’autre n’a d’importance. Elle menace les activités
de tous les secteurs. »

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